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hafid aggoune


---E N T R E T I E N








Hafid Aggoune : l'écriture est son métier

Un salon du livre ą Montmorillon comme ailleurs, c'est l'occasion de rencontrer ses auteurs favoris, ceux qui sont connus, qui passent ą la télé. Mais c'est aussi la chance de découvrir de jeunes écrivains de talent comme Hafid Aggoune.


DŹs la premiŹre page on est captivé. Des phrases courtes des mots précis bien choisis qui coulent comme une source, parfois comme un torrent. C'est étrange et fascinant de voir ą quel point chaque mot est important, évocateur, une belle écriture qui parle ą l'imagination. Et il ne s'agit lą que de la forme, le fond quant ą lui est profond, philosophique, bouleversant, émouvant, étonnant, violent et poétique.
Hafid Aggoune (33 ans) n'a écrit que deux romans : Les Avenirs publié en 2004 et récompensé par deux prix, l'ArmitiŹre et le prix Félix Fénéon de littérature 2005 et l'automne dernier Quelle nuit sommes-nous ? (traduit pour le Brésil.) Il écrit actuellement le troisiŹme.

"La vie mondaine ne m'intéresse pas et l'écriture est un besoin trop intense pour m'éparpiller et quitter ma solitude. C'est anachronique, mais nécessaire. La plupart des auteurs travaillent ailleurs, sont journalistes, enseignants, libraires, chauffeurs de taxi..., sortent beaucoup, multiplient les contacts, etc. Moi, je ne pourrais pas. Mon métier c'est d'écrire."

"Voir ses lecteurs : un moment privilégié"

Hafid aime les voyages, la peinture qu'il pratiquerait encore s'il en avait le temps. Alors il la fait vivre dans ses livres. Il tient des propos d'une grande sagesse : "Il faut źtre soi et réaliser ses rźves au lieu de les rźver ou de vivre par procuration comme notre époque nous l'apprend si calmement et quotidiennement ą coup d'images et ą force de nous éloigner des livres, des vraies expériences vécues et des voyages. Il faut vivre vraiment."


Est-ce important pour vous de venir dans la Cité de l'écrit et des métiers du livre ?

"J'ai été étudiant dans une cité du livre, ą Aix-en-Provence. Justement, j'ai eu le DUT métiers du livre ą Aix. Cela a été une expérience magnifique parce que comme tout passionné, retrouver chaque jour des professeurs et des étudiants passionnés me changeait de la fac oĚ beaucoup ne savent pas ce qu'ils y font. Librairie, édition, bibliothŹque, toute la chaĒne du livre... J'allais en cours chaque matin avec bonheur. Les livres comptent tellement pour moi, c'est le seul métier que j'aurais envisagé de faire en attendant d'źtre publié et reconnu. Tout lieu qui s'appelle "Cité du livre" est béni ą mes yeux." "A la sortie des Avenirs, je me suis tout de suite rendu compte de l'importance des salons et des fźtes du livre. C'est un moment privilégié de voir ses lecteurs. Tout devient réel. Ces heures passées seul ą écrire vous montrent ą quel point elles ne sont pas un songe, mais un moment oĚ "l'autre" est présent. On n'est jamais seul ą écrire un livre."


Et la derniŹre page écrite ?
Quand vous avez écrit la derniŹre page de votre roman, vous vous sentez comment ?


"Ce sont les larmes qui viennent, comme une libération, comme une femme aussi aprŹs avoir mis au monde un źtre. Mon enfant, c'est Samuel Tristan, et en terminant le livre (Quelle Nuit sommes-nous ?), surtout avec cette fin énigmatique et forte, c'est ą la fois le perdre et le laisser ą son destin propre. A ce moment précis, je sais que le livre va exister, que Samuel va partir dans le regard et l'imaginaire du lecteur. Il m'échappe, lui et sa force de vie, lui et ses sentiments si puissants. C'est une joie tellement extrźme de la ressentir autant, qu'elle en devient mélancolie..."


Les Avenirs et Quelle Nuit sommes-nous édités chez Farrago.

Propos recueillis par M.-A. Grémillon, pour La Nouvelle République (édition du samedi 3 juin 2006)




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